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La Fête nationale du Québec à Montréal -
Je me souviens!

Les femmes à l’honneur

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Maquette du char de Maria Chapdelaine, 1931. Archives nationales du Québec à Montréal, fonds Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (P82). Auteur non identifié.
Char de Maria Chapdelaine, 1931. Archives nationales du Québec à Montréal, fonds Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (P82). Photographe non identifié.
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Le 24 juin 1931, la parade de la Saint-Jean-Baptiste est dédiée aux femmes dans l’histoire canadienne. 27 chars allégoriques parcourent la rue Sherbrooke devant une foule immense, estimée par le journal La Presse à 200 000 personnes. On y honore de grands noms de l’histoire, de Jeanne Mance à la reine Victoria, en passant par Maria Chapdelaine, héroïne mythique du roman de Louis Hémon. Ce défilé historique se déroule dans un contexte bien particulier, alors que la question du droit de vote des femmes est vivement débattue à l’Assemblée nationale du Québec.

 

Les femmes seront de nouveau à l’honneur lors d’éditions subséquentes de la Fête nationale : le défilé de 1943 a par exemple pour thème les « mères canadiennes ». Le défilé de 1961, sous le thème « hommage à la femme canadienne-française », attirera plus de 800 000 personnes dans la rue Sherbrooke.

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À partir des années 1920, l’histoire et les traditions prennent une place de plus en plus importante au sein des défilés de la Saint-Jean-Baptiste. Dès 1924, on propose par exemple des hommages aux explorateurs et aux grands noms de l’histoire du Canada. Les chars allégoriques présentent des reconstitutions historiques au sein desquelles les femmes jouent un rôle plutôt mineur. 

 

La situation change cependant en 1931, avec un défilé sous le thème « La Canadienne : la femme dans l’histoire du Canada ».  On y présente une série de chars en l’honneur des pionnières de l’époque de la Nouvelle-France, comme Marguerite Bourgeoys, première enseignante de Montréal, Jeanne Mance, co-fondatrice de Montréal et administratrice du premier hôpital de la ville, ou encore Marie Rollet, première femme française à mettre le pied au Canada. D’autres tableaux sont davantage symboliques : la fillette, la fiancée, la mariée, la mère et la grand-mère illustrent par exemple différentes étapes de la vie. En présentant ainsi des héroïnes du passé et ces symboles, le défilé de 1931 glorifie une vision de la femme idéale qui prédomine à l’époque : la canadienne-française est une mère, une épouse et une croyante exemplaire, attachée au monde rural et à ses traditions. 

 

L’annonce d’un défilé mettant les femmes à l’avant va inspirer de nombreuses prises de parole dans les journaux et dans les cercles féministes. Il faut dire qu’une commission d’enquête sur les droits civils des femmes au Québec, initiée en 1929, vient de se terminer et ne recommande que très peu de changements. Le défilé de 1931 représente donc une nouvelle occasion de se faire entendre pour les groupes féministes déçus des résultats de l’enquête. Idola Saint-Jean, fondatrice de l’Alliance canadienne pour le vote des femmes (1927) propose par exemple à la Société Saint-Jean-Baptiste de commanditer elle-même un char allégorique mettant en vedette Rosalie Cherrier, qui a voté pour son fils Louis-Joseph Papineau en 1814. Les organisateurs considèrent toutefois que le sujet est trop sensible pour le public de l’époque, divisé sur la question du suffrage féminin. Malgré ce revers, le défilé de 1931 va tout de même contribuer à ouvrir une discussion sur la place des femmes dans la société québécoise.