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La Fête nationale du Québec à Montréal -
Je me souviens!

Le petit saint Jean-Baptiste

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Parade de la Saint-Jean-Baptiste, 1958. Archives Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal. Photographe non identifié.

Entre 1868 et 1965, l’une des traditions les plus attendues du défilé de la Fête nationale est sans aucun doute l’arrivée du petit saint Jean-Baptiste. Il s’agit d’un jeune garçon, le plus souvent blond et aux cheveux bouclés, ou, s’il ne remplit pas ces critères, coiffé d’une perruque. Le costume ne s’arrête pas là : l’enfant revêt aussi les attributs d’un berger, enveloppé d’une peau de mouton et en compagnie d’un mouton vivant à ses pieds. On lui réserve aussi son propre char allégorique!

 

Représenter saint Jean-Baptiste est tout un honneur. Dès le 19e siècle, le garçon choisi voit son nom publié dans tous les grands journaux. Certains d’entre eux deviennent même célèbres : Robert Charlebois a lui-même incarné le personnage mythique dans un des défilés. La tradition s’estompe cependant dans la décennie suivante, alors que la fête perd progressivement son caractère religieux d’autrefois.

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Depuis le milieu du 19e siècle, la Fête nationale est célébrée en présence d’un jeune enfant personnifiant saint Jean-Baptiste, patron des bergers. On donne ce rôle à de jeunes enfants aux cheveux bouclés puisque c’est ainsi qu’en Europe, depuis la Renaissance, on choisit d’illustrer le personnage. 

 

Cette représentation du petit saint Jean-Baptiste semble apparaître à Montréal dès les années 1850, alors que des enfants sont choisis pour représenter des personnages historiques pendant la messe de la Fête nationale. En 1855, par exemple, la messe est ouverte par l’arrivée dans l’église de quatre enfants costumés respectivement en Jacques Cartier, un chef autochtone, un officier français et saint Jean-Baptiste. C’est un jeune garçon dénommé M. Loiselle qui joue ce dernier rôle : enveloppé de peaux de castor et tenant une croix de bois dans les mains, il est l’un des premiers enfants à personnifier saint Jean-Baptiste lors des activités officielles de la Fête nationale ! 

 

Dans les années subséquentes, ces mêmes quatre personnages vont revenir à la traditionnelle messe, mais joués par de nouveaux enfants. L’ensemble porte même un nom : dirigé par un dénommé Alfred Chalifoux, qui organise cette reconstitution chaque année, le Groupe national devient rapidement l’une des attractions principales des festivités. En 1857, il semble même que le groupe ait paradé dans les rues de la ville avant d’entrer à l’église ! Le journal La Minerve raconte : 

 

« Les quatre charmants enfants ont excité partout sur leur passage l’attention et l’admiration, sans compter les couronnes et les bouquets de fleur qu’ils ont recueillis partout, et en particulier dans la rue Notre-Dame. »

 

Probablement devenus bien populaires après ces quelques années, on prévoit en 1859 de faire marcher les « petits personnages de M. Chalifoux » à la toute fin du cortège officiel, mais le mauvais temps empêche cette année-là la tenue du défilé. Ils vont donc faire partie du défilé de l’année suivante. Après une pause de quelques années, le petit saint Jean-Baptiste revient sans les autres personnages dans la procession de 1868. Dès lors, on lui réserve chaque année une place de choix : il a souvent son propre char allégorique, sur lequel il se tient accompagné d’un mouton vivant. 

 

Cette tradition se perpétue dans les décennies suivantes, puis continue d’être un élément-clé du défilé pendant près d’un siècle. Saint Jean-Baptiste est d’ailleurs reconnu officiellement comme le saint patron des Canadiens-français par le pape Pie X en 1908.

 

Dans les années 1960, en pleine Révolution tranquille, la tradition change de forme et la fête perd progressivement son caractère religieux d’autrefois. Dès le milieu de la décennie, on remplace le petit personnage par une statue. Lors du défilé de 1969, des manifestants s’en prennent au char de saint Jean-Baptiste : la statue est renversée et décapitée, comme l’a aussi été le personnage biblique près de 2000 ans plus tôt. Cette dernière apparition plutôt tragique de saint Jean-Baptiste dans le défilé de Montréal marque donc une rupture évidente avec le passé religieux de la Fête nationale. Les références à la Bible se font plus discrètes dans les éditions subséquentes, disparaissant progressivement du défilé à la fin du vingtième siècle.