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vous présente

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Une rue dans tes oreilles

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Le prince

Son royaume s’étendait rue Saint-Denis, du Mochica au Palais Maharaja…

Si vous avez déjà circulé parmi eux

Vous avez remarqué que sur mon passage

S’écartent les jeunes, se dispersent les vieux

Les tannants et les plus sages.

 

Il faut les voir se retourner vers ma voix labourée.

En baissant les yeux, tout le monde m’aperçoit, tout le monde se souvient

Que d’ici à plus loin là-bas, j’ai régné tout un été.

 

Mon royaume s’étendait rue Saint-Denis

 

Et on m’admirait du Mochica au Palais Maharaja.

 

Aujourd’hui, lorsque je me faufile, vous murmurez entre deux acrobaties :

« Il est jeune pareil pour se promener comme ça lui. »

 

Si j’emprunte, nerveux, tous les jours, les trottoirs

Le prince a déjà connu la rue comme le fond de sa poche.

À une époque, tout le monde s’inclinait lorsque le prince chantait sans regarder l’heure

Le nez baisant le ciel, le souffle court, au volant de sa Porsche.

 

Le prince arrosait ses soirées

Dans les tavernes les plus branchées

Et redessinait le monde à la Plume

Tout écartillé avec Jean Leloup au Quai des Brumes.

 

Le prince était valeureux

Mais il avait faim.

Il recollait l’aujourd’hui à deux mains

Et il était amoureux.

 

Le prince était amoureux dans les yeux de la serveuse de la table du fond

 

Il découvrait dans ses yeux de nouveaux océans toutes les nuits

Et les gardait pour lui.

 

Pour la faire rire, le prince montait sur toutes les tables

Lui vendait des rêves inabordables.

Un soir, ils ont quitté ensemble dans sa décapotable

 

Pour une nuit de canicule

 

Le genre de nuit sans heure.

 

Le prince et la serveuse rêvaient d’une douche.

Il lui écrivait des poèmes dans la bouche

Lorsque tout à coup, déroutante mouche.

 

Rue Mont-Royal / Rue Saint-Denis

Le bruit comme une balle de fusil.

 

Un prince renversé de son carrosse

 

Et des yeux de serveuse en formes d’océans au milieu des étoiles.

 

Si vous avez déjà circulé parmi eux

Vous avez remarqué que sur mon passage

S’écartent les jeunes, se rappellent les vieux

Les tannants et les plus sages.

 

Il faut les voir se retourner vers ma voix labourée.

En baissant les yeux, tout le monde m’aperçoit, tout le monde se souvient

Que d’ici à plus loin là-bas, j’ai régné tout un été.

 

Parce que mon royaume s’étendait rue Saint-Denis.

Aujourd’hui, quand vous avez repris votre marche, quand je suis parti

Du Théâtre d’Aujourd’hui au Théâtre du Rideau vert

J’ai pu vous entendre murmurer : « Mais oui, c’était bien lui le prince qui chantait, cloué sur son trône, bien installé sur son quadriporteur. »